Martine Dubreuil
Conseillère voyage, spécialiste clientèle senior et voyage solo
Annecy, France
58 ans, 17 ans d'expérience en agence indépendante. Spécialiste des séjours seniors, des clubs encadrés et de la préparation médicale de voyage.
Martine Dubreuil reçoit dans une agence de quartier à Annecy, nichée entre une pharmacie et un caviste, à deux pas du lac. Sur son bureau, des dossiers de voyage classés par tranche d’âge et par niveau d’autonomie, un tampon Atout France, et une pile de brochures de croisières fluviales qu’elle feuillette machinalement en attendant ses rendez-vous. Depuis dix-sept ans, elle a fait de la clientèle senior sa spécialité, et depuis cinq ans, une part croissante de son activité concerne un profil bien précis : la femme ou l’homme de plus de 50 ans qui souhaite partir seul, sans conjoint, sans groupe familial, parfois pour la première fois de sa vie d’adulte.
« Ce n’est pas une tendance anecdotique, c’est un mouvement de fond », dit-elle en posant son dossier. « J’ai vu ce public exploser depuis le Covid. Des personnes veuves, divorcées, ou tout simplement des couples où l’un des deux ne souhaite plus voyager alors que l’autre en a encore très envie. » Elle a bâti toute une méthode autour de cette clientèle : critères de sélection des destinations, grille d’analyse des assurances santé, partenariats avec des clubs et des voyagistes spécialisés, et un protocole de préparation médicale qu’elle applique systématiquement avant chaque départ. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle détaille, sans détour, comment elle accompagne ce public vers un voyage solo réussi et sécurisé.
Q : Martine, la question qui revient sans doute le plus souvent : est-ce vraiment raisonnable de voyager seul après 50, 60 ou 70 ans ?
Martine Dubreuil : C'est raisonnable dans l'immense majorité des cas, à condition de choisir un format adapté à sa condition réelle, pas à celle qu'on avait dix ou vingt ans plus tôt. C'est là que je vois le plus d'erreurs. Des clients qui, mentalement, se projettent sur le voyage qu'ils faisaient à 35 ans, sac à dos, auberges de jeunesse, improvisation totale, alors que leur corps et leurs besoins ont changé. Ce n'est pas un jugement, c'est un constat pratique. Une personne de 62 ans en bonne santé, sans pathologie lourde, peut tout à fait voyager en totale autonomie si elle a l'habitude. Une personne de 70 ans avec un traitement cardiaque et une mobilité réduite peut voyager tout aussi bien, mais dans un format différent : petit groupe, encadrement médical accessible, rythme plus lent. Mon travail, ce n'est jamais de décourager, c'est d'ajuster le format au profil réel de la personne. Voyager seul après 50 ans n'est pas un problème en soi. Le problème, c'est de choisir le mauvais format pour son profil.
Q : Justement, parlons des formats. Club encadré, petit groupe organisé, ou voyage totalement autonome : comment aidez-vous vos clients à choisir ?
Martine Dubreuil : Je pose systématiquement quatre questions avant de recommander un format. Première question : avez-vous déjà voyagé seul, y compris avant 50 ans ? Deuxième question : avez-vous une pathologie qui nécessite un suivi ou un accès rapide à des soins ? Troisième question : cherchez-vous avant tout la tranquillité ou avant tout la rencontre ? Quatrième question : quel est votre niveau de confort avec les langues étrangères et les démarches administratives sur place ? En croisant ces réponses, j'oriente vers trois grandes familles. Le club encadré (type Club Med senior, Voyages Leclerc groupe, Salaün Holidays), pour les personnes qui veulent zéro logistique, un encadrement médical accessible, et une vie sociale immédiate avec des personnes du même âge. Le petit groupe organisé (8 à 16 personnes, guide accompagnateur), pour ceux qui veulent découvrir vraiment une destination, avec des activités variées, tout en gardant un filet de sécurité. Et le voyage totalement autonome, pour les seniors expérimentés, en bonne santé, à l'aise avec les imprévus, qui cherchent la liberté totale de leur emploi du temps. Aucun format n'est supérieur aux autres. C'est une question de profil, pas de courage.
Q : Le tableau comparatif serait utile pour nos lecteurs. Pouvez-vous synthétiser les trois formats ?
Martine Dubreuil : Avec plaisir, c'est exactement le genre de synthèse que je remets à mes clients en fin de premier rendez-vous.
| Format | Niveau de sécurité | Vie sociale | Liberté d’emploi du temps | Profil idéal |
|---|---|---|---|---|
| Club encadré | Très élevé, personnel sur place | Immédiate et facile | Faible, programme fixe | Premier voyage solo, mobilité réduite |
| Petit groupe organisé (8-16 pers.) | Élevé, accompagnateur présent | Bonne, groupe restreint | Modérée, socle commun + temps libre | Curiosité culturelle, envie de rencontre encadrée |
| Voyage totalement autonome | Variable, dépend de la préparation | Dépend des initiatives personnelles | Totale | Senior expérimenté, en bonne santé, autonome |
Q : Sur les destinations, comment guidez-vous une personne qui n'a jamais voyagé seule et qui a plus de 50 ans ?
Martine Dubreuil : Je recommande toujours de commencer par des destinations où le système de santé est fiable et où l'écart culturel n'est pas brutal. Le Portugal, l'Italie, l'Espagne, la Grèce continentale, le Québec, la Nouvelle-Zélande : ce sont des terrains d'apprentissage excellents. On y trouve un vrai dépaysement, une gastronomie et une culture riches, mais aussi des hôpitaux aux standards européens ou nord-américains, une signalétique compréhensible, et des habitants globalement habitués aux touristes seniors. J'oriente rarement, pour un premier voyage solo, vers des destinations qui cumulent décalage horaire important, système de santé fragile, et forte chaleur ou altitude. Une fois que la personne a fait un ou deux voyages solos réussis, qu'elle a identifié son rythme et sa capacité à gérer l'imprévu, on peut aller plus loin : Asie du Sud-Est, Amérique latine, Afrique de l'Est. Ce sont des destinations magnifiques, mais qui demandent une préparation médicale et logistique plus poussée, notamment sur les vaccins et l'accès aux soins.
Q : Venons-en à l'assurance santé, sujet crucial pour cette tranche d'âge. Quels sont les pièges les plus fréquents ?
Martine Dubreuil : C'est le sujet sur lequel je passe le plus de temps avec mes clients seniors, et celui où je vois le plus d'erreurs coûteuses. Premier piège : les contrats standards vendus par les cartes bancaires haut de gamme, qui plafonnent sévèrement la prise en charge médicale au-delà de 65 ou 70 ans, parfois sans que ce soit clairement indiqué. Deuxième piège : la non-déclaration des antécédents médicaux. Beaucoup de clients pensent qu'en ne déclarant pas un traitement cardiaque ou un diabète, ils obtiendront une couverture plus large. C'est l'inverse : en cas de sinistre lié à cette pathologie non déclarée, l'assureur refusera la prise en charge, et vous vous retrouvez seul face à des frais médicaux à l'étranger qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros aux États-Unis par exemple. Troisième piège : un plafond de rapatriement trop bas. Je recommande toujours au minimum 150 000 euros de plafond de rapatriement sanitaire, davantage pour les destinations lointaines. Quatrième piège : ignorer l'assistance psychologique et le rapatriement d'un accompagnant, une clause utile en cas de coup dur en solo. Je conseille systématiquement à mes clients de lire l'intégralité du [guide complet sur l'assurance santé voyage à l'étranger](/blog/assurance-sante-voyage-etranger-2026-guide-complet/) avant de signer, et de comparer au moins trois contrats avant de choisir.
Q : Une check-list médicale avant le départ, ça ressemble à quoi concrètement dans votre pratique ?
Martine Dubreuil : Je remets systématiquement cette liste à mes clients seniors, environ six à huit semaines avant le départ.
- Consultation chez le médecin traitant pour un bilan de voyage, avec ordonnance récente indiquant le nom de la molécule (pas uniquement la marque commerciale, qui peut différer à l’étranger).
- Copie numérique ET copie papier séparée de toutes les ordonnances, rangées dans un bagage différent de celui contenant les médicaments.
- Résumé médical traduit en anglais si la destination n’est pas francophone, avec les allergies et contre-indications clairement listées.
- Vérification des vaccins obligatoires et recommandés, idéalement six semaines avant le départ pour laisser le temps aux rappels de faire effet.
- Quantité de médicaments emportée supérieure de 30 % aux besoins théoriques du séjour, pour couvrir un imprévu ou un retard.
- Carte de l’assurance santé voyage imprimée en plus de la version numérique, avec le numéro d’urgence noté à part.
- Coordonnées du médecin traitant et d’un proche à contacter en cas d’urgence, transmises également à l’agence ou au voyagiste.
À retenir : aucune de ces étapes n’est optionnelle pour un voyage solo senior. C’est justement l’absence d’un interlocuteur de confiance sur place qui rend la préparation en amont indispensable.
Q : Parlons de la solitude. C'est souvent la première crainte exprimée par vos clients avant même la sécurité physique, non ?
Martine Dubreuil : Absolument, et je dirais même que c'est la première crainte dans 8 rendez-vous sur 10. Les gens ont peur de manger seuls au restaurant, de visiter seuls un musée, de passer une soirée entière sans échanger un mot. C'est une crainte légitime, et je la traite très concrètement selon le format choisi. Dans un club encadré, la vie sociale est quasi automatique : activités de groupe, tables communes, animations en soirée. Dans un petit groupe organisé, le lien se crée naturellement avec les autres participants au fil des jours, souvent des personnes dans une situation similaire, ce qui crée une vraie complicité. C'est d'ailleurs un point commun avec les problématiques que j'ai pu observer en lisant [l'interview sur la sécurité des femmes qui voyagent seules](/blog/voyager-seule-sécurité-femme-conseils-interview-voyageuse-2026/), où la question du lien social rassurant revient constamment. Pour le voyage totalement autonome, en revanche, il faut être plus actif : s'inscrire à des activités locales comme des cours de cuisine, réserver des visites guidées en petit groupe plutôt que des visites solo, utiliser des applications de mise en relation entre voyageurs, et privilégier les hébergements avec des espaces communs comme certaines maisons d'hôtes ou petits hôtels familiaux plutôt que des locations totalement isolées.
Q : Justement, les outils numériques : quelles applications recommandez-vous à vos clients seniors qui voyagent seuls ?
Martine Dubreuil : Je fais toujours une démonstration en agence avant le départ, parce que beaucoup de mes clients ne sont pas des utilisateurs intensifs de smartphone. Trois catégories d'applications me semblent indispensables. D'abord les applications de traduction instantanée avec reconnaissance vocale, très utiles pour une conversation avec un médecin local en cas de besoin. Ensuite les applications de partage de position en temps réel avec un proche resté en France, qui rassurent énormément l'entourage et permettent une alerte rapide en cas de problème. Enfin les applications de mise en relation entre voyageurs ou de recherche d'activités locales, qui aident à sortir de l'isolement sans dépendre du hasard des rencontres à l'hôtel. J'oriente systématiquement mes clients vers le [comparatif des meilleures applications de voyage 2026](/blog/top-15-applications-voyage-2026-planifier-reserver-economiser/), qui détaille bien plus largement les outils utiles selon les besoins, transport, traduction, sécurité ou change de devises.
Q : Sur le plan budgétaire, un voyage solo senior coûte-t-il plus cher qu'un voyage en couple ou en famille ?
Martine Dubreuil : Souvent oui, à cause du fameux supplément chambre individuelle, qui peut représenter 30 à 80 % du tarif d'une chambre double selon les hôtels et les croisiéristes. C'est un point que j'aborde très tôt avec mes clients pour éviter la mauvaise surprise en fin de devis. Il existe plusieurs leviers pour l'atténuer. Certains voyagistes spécialisés seniors proposent des formules "solo friendly" sans supplément ou avec un supplément réduit, en particulier sur les croisières fluviales hors haute saison. D'autres proposent un système de jumelage volontaire entre deux voyageurs solos du même sexe, ce qui supprime totalement le supplément. Je recommande aussi de regarder les hébergements type auberges de charme ou maisons d'hôtes, où le tarif est souvent calculé par chambre et non par personne, ce qui neutralise l'écart. Pour construire un budget réaliste, je renvoie toujours mes clients vers le [guide complet pour voyager avec un petit budget](/voyage-budget/), qui reste pertinent même pour un senior, simplement avec des curseurs différents sur le confort et l'assurance.
Q : Pour conclure, si vous deviez donner un seul conseil à quelqu'un qui hésite encore à franchir le pas du premier voyage solo après 50 ans, lequel serait-ce ?
Martine Dubreuil : Commencez petit et encadré. Ne partez pas trois semaines en autonomie totale à l'autre bout du monde pour votre premier voyage solo. Choisissez un séjour d'une semaine, dans une destination proche et rassurante, avec un format encadré, club ou petit groupe. Vous découvrirez votre propre rythme, votre tolérance réelle à la solitude, votre capacité à gérer un imprévu seul. La confiance se construit voyage après voyage, jamais d'un coup. J'ai vu des clientes de 68 ans totalement transformées après un premier séjour réussi, qui repartaient l'année suivante en totale autonomie à l'autre bout du monde. Le déclic vient toujours du premier pas, pas du grand saut.
Pour un premier voyage solo francophone et rassurant, organiser un séjour senior au Québec coche beaucoup de cases citées par Martine Dubreuil : langue commune, système de santé fiable, et une offre déjà bien structurée de petits groupes accompagnés adaptés à un rythme plus tranquille.
Check-list express avant de réserver un premier voyage solo senior
- Définir le format adapté à son profil réel : club encadré, petit groupe, ou autonomie totale.
- Choisir une destination avec un système de santé fiable pour un premier voyage solo.
- Comparer au moins trois contrats d’assurance santé voyage en vérifiant les plafonds au-delà de 65 ans.
- Déclarer tous les antécédents médicaux à l’assureur, sans exception.
- Réaliser le bilan médical de voyage six à huit semaines avant le départ.
- Préparer les documents médicaux en double, numérique et papier, dans des bagages séparés.
- Installer et tester les applications de traduction et de partage de position avant le départ.
- Anticiper le budget réel en intégrant le supplément chambre individuelle ou en cherchant des alternatives.
Conclusion : trois enseignements à retenir
Trois messages ressortent clairement de cet échange avec Martine Dubreuil.
Premier enseignement : le format du voyage compte plus que l’âge. Un club encadré, un petit groupe organisé ou l’autonomie totale ne s’opposent pas en termes de mérite, ils répondent à des profils et des besoins différents. Le bon choix dépend de l’expérience passée, de la santé, et de l’objectif recherché entre tranquillité et rencontre.
Deuxième enseignement : l’assurance santé et la préparation médicale ne sont jamais négociables après 50 ans. Un plafond de rapatriement insuffisant ou un antécédent médical non déclaré peuvent transformer un voyage en cauchemar financier et logistique. La check-list médicale doit devenir un réflexe systématique, pas une option de dernière minute.
Troisième enseignement : la solitude se gère activement, elle ne se subit pas. Que ce soit par le choix d’un format encadré, l’usage des bonnes applications, ou la réservation d’activités locales en petit groupe, il existe aujourd’hui de nombreux leviers pour transformer un voyage solo en expérience sociale riche plutôt qu’en isolement redouté.
Martine Dubreuil résume sa philosophie ainsi : « Voyager seul après 50 ans, ce n’est pas renoncer à quoi que ce soit. C’est souvent la première fois qu’on voyage vraiment pour soi. » Une phrase qui, selon elle, explique l’essentiel de l’engouement grandissant pour ce type de voyage.